La crépitonomie, ou l'art des pets - Chant premier

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Argument du premier chant

Invocation au dieu Crépitus. - Talents des fameux peteurs de mon collège, de Doviné surtout. - Définition du pet ; son origine, celle de la vesse. - Rapports qui existent entre la vesse et la violette, entre le pet tonnerre et la foudre, entre le pet brutal et le canon, entre le pet bardeur et un bavard, entre le pet clairon et la lyre d'Amphion, entre le pet timide et la beauté craintive. - Conseil au beau sexe.

Je fus amant au printemps de mes jours,
Ma faible voix bégaya mes amours ;
Je suis peteur, ce beau titre m'inspire;
Grand Crepitus ! daigne accorder ma lyre :
Que l'univers, attentif à ma voix,
Connaisse enfin la douceur de tes loix,
Et que l'anus, instruit dans l'art de plaire,
Sache aujourd'hui ce qu'il peut et doit faire.
Mais quoi ! Déjà, ce Dieu dans sa bonté,
Hâte les fruits de ma fécondité ;
Déjà les vents, lassés de leur retraite,
Veulent eux-même emboucher la trompette :
Passez, passez, aimables prisonniers,
Chantez ma gloire, embaumez mes lauriers,
Et que les airs soient votre empire immense...
Un pet me vient, je pète et je commence.

On ne voit pas plus d'oiseaux dans les airs,
Quand le printemps ranime leurs concerts ;
Paris n'a pas, dans le siècle où nous sommes,
Plus de faquins qui singent les grands hommes ,
Que sur la terre on façonne de pets.
De bonne foi, les connut-on jamais ?
On lâche un vent quand un vent incommode ;
Mais c'est, hélas ! sans goût et sans méthode.
Quoi ! tous les jours de nouveaux entrechats,
De nouveaux soins de hâter le trépas,
Et l'art des pets n'éclaire pas le monde !

Il est pourtant sur la machine ronde
Plus d'un péteur qu'on loue avec raison :
Je me souviens, non sans émotion,
De mon collège et des chers camarades,
Dont je prisais les vives pétarades.
O mes amis, que de soins, de tourments,
Font regretter nos premiers passe-temps !
Lorsque la nuit, dans la même chambrée,
Réunissait les mangeurs de purée,
Quels nobles pets réveillaient les échos,
Et suspendaient les heures du repos !
Braquant l'anus, et levant le derrière,
Le plus adroit éteignait la lumière :
Le plus fougueux, saisissant nos esprits,
Faisait trembler les vitres et les lits.
On vit souvent les voisins en prière,
Prendre nos pets pour l'éclat du tonnerre.
Eh ! toi surtout, vigoureux Doviné, (3)
Tu confondais mon génie étonné ;
Que l'on avait de plaisir à t'entendre !
Je t'admirais sans pouvoir te comprendre.
Mais ton anus, en sa bouillante ardeur,
Sacrifiait la grâce à la vigueur,
Et parfois même oubliait la mesure.
Moins bien pourvu des dons de la nature,
Moins fort que toi, mais plus ingénieux,
Plus varié, plus simple, plus heureux,
A force d'art, surpassant mon génie,
Je l'emportais par ma douce harmonie ;
Et ménageant mon haleine avec soin,
A ta vigueur j'atteignais au besoin.

Tel un pasteur dont la voix ferme et pleine,
D'agrestes airs fait retentir la pleine,
Plaît moins qu'un son faible, mais épuré,
Qu'un chantre expert sait conduire à son gré.
Cher Doviné, ta verve était divine,
Hélas ! pourquoi petais-tu par routine ?

Je nomme pet, cet invisible corps,
Léger, subtil et souple en ses ressorts,
Qui dans nous-même exerce son ravage
Quand on s'obstine à boucher son passage,
Et qui sortant de sa sombre prison,
Répand dans l'air sa douce exhalaison.
Il sent l'anis, le soufre ou le fromage,
Suivant les mets dont on a fait usage ;
Parle, se tait, tonne, inspire la peur,
Suivant la force et l'esprit de l'auteur.

De mon héros, une Muse divine,
M'a révélé l'éclatante origine :
Avant ce jour, trop fatal aux humains,
Où sur la pomme Eve porta les mains,
Et nous chassa d'un lieu plein de délices,
Aucun zéphir n'avait flatté ses cuisses ;
Mais quand ses yeux virent l'ange vengeur,
Le fruit alors lui tourna sur le coeur ;
Elle gonflait, tombait en défaillance,
Quand un gros pet soulagea sa souffrance :
Adam poussa de grands cris dans les airs,
Crut que la foudre ébranlait l'univers ;
Et se baissant pour pleurer sa faiblesse,
Il donna jour à la première vesse.
Depuis ce temps, leurs descendants nombreux,
Firent des pets, nous en faisons comme eux ;
Et grâce aux Dieux, qu'on me loue ou me fronde,
On pètera jusqu'à la fin du monde.

Suivant les moeurs, les pays, les talents,
Les vents qu'on pousse ont des sons différents.
Grossier, borné, plaisant par fantaisie,
Le pet brutal nous vient de la Russie ;
Né parmi nous, fougueux, souple à propos,
Le pet tonnerre est celui des héros :
L'Italien, en chantant sa romance,
Sait du clairon moduler la cadence.
Partout la vesse, embaumant les mortels,
Reçoit l'encens offert sur ses autels ;
Et du bardeur qui salit son passage,
Personne encor ne souhaita l'usage.

Sexe charmant, formé pour nos plaisirs,
Ah ! dans le son de tes faibles zéphirs
Je méconnais cette voix de Sirène,
Dont le pouvoir nous charme et nous entraîne.
Le Dieu puissant, prodigue de faveurs,
Qui te donna tout pouvoir sur nos coeurs,
N'a pas borné sa bonté paternelle,
Et tout chez toi peut servir de modèle ;
N'en doutons pas, Mesdames, votre anus,
S'il s'exerçait aux jeux de Crépitus,
Pourrait voler au temple de Mémoire,
Et sur le nôtre obtenir la victoire;
Mais de l'usage observant trop les lois,
Le pet timide a seul chez vous des droits.
Quoique chacun ait sa voix favorite,
Les pets bien faits ont toujours leur mérite :
Pour le prouver esquissons leurs portraits.

Lorsque l'hiver déserte nos guérêts,
Que du zéphir la douce et fraîche haleine
Souffle un air pur, de fleurs sème la plaine ;
Quand le printemps veut paraître à son tour,
Et ramener les plaisirs de l'amour,
Mille bienfaits annoncent sa présence,
Et tout pour nous est alors jouissance ;
Un Ciel serein, le murmure des eaux,
Le chant naissant de nos petits oiseaux,
Et ces transports, cet amoureux martyre,
Les sentiments qu'on prouve et qu'on inspire,
Sont des présents qui ravissent nos coeurs,
Sans oublier le parfum de nos fleurs.
Reçois ici, modeste violette,
L'éloge vrai que ma Muse t'apprête :
Blâmant l'orgueil de tes nombreuses soeurs,
Et connaissant le danger des honneurs,
Sous le tapis de nos sombres bocages
Tu sembles fuir nos regards, nos hommages ;
Mais c'est en vain ; la plus suave odeur
Guide nos pas vers l'endroit enchanteur
Où tu choisis ta paisible retraite.
Fuis-nous toujours, charmante violette ;
On prise peu l'orgueilleuse beauté...
J'admire en toi cette simplicité,
Mère des pets, vesse odoriférante ! (7)
Qui méconnaît ta grâce prévenante
Ne dut jamais respirer ton encens.
Comme la fleur que j'honore en mes chants,
Tu fuis l'honneur, tu sais plaire comme elle ;
Tu pars sans bruit, ton parfum te décèle...

On voit souvent des orages affreux
Troubler la paix et la clarté des cieux ;
Le voyageur avec crainte s'arrête,
Apercevant au-dessus de sa tête
Des monts de feu, d'effroyables volcans,
Portant, roulant la foudre dans leurs flancs :
Elle part, tombe, et semant l'épouvante,
Siffle et s'éteint dans l'onde frémissante...
Aussi terrible, avec même fracas,
Le pet tonnerre éclate aux pays-bas,
Et répondant à la plus noble attente,
Bat les recoins d'une salle tremblante.
Coup imprévu ! L'auditoire aux abois
Perd aussitôt la raison et la voix ;
Et de ses sens rappelant peu l'usage,
Longt-emps après croit encore à l'orage.
Avec l'odeur perce la vérité ;
Chacun grimace alors de son côté :
Que je vous plains, pédants, faiseurs de mines !
L'un aussitôt se bouche les narines,
L'autre en un coin débouche ses flacons,
Et l'ambre en vain s'exhale aux environs :
Mais le peteur, content de sa personne,
Ne peut encor penser qu'il empoisonne. (9)

Le pet brutal exige la vigueur ;
Il n'appartient qu'au plus fameux peteur
De lui fournir une noble carrière :
Semblable en tout à ces foudres de guerre,
Dont le seul bruit inspire la terreur,
En s'échappant il tonne avec fureur,
Et conservant toute sa violence,
Ce rude pet finit comme il commence.
Il nous fournit faibles exhalaisons : (10)
Mère nature, égale dans ses dons,
A ses enfants fit un juste partage ;
L'un est pourvu de force et de courage,
L'autre plus faible a pour lui la beauté ;
Tourtereau plaît par sa fidélité,
Le rossignol par son touchant ramage ;
Le paon altier brille par son plumage :
La douce vesse attire par l'odeur,
Et le brutal surprend par sa vigueur.
Mais des présents d'une mère aussi sage
On ne fait pas toujours un bon usage ;
Témoin ce pet qu'on ne saurait aimer,
Ce pet bardeur, puisqu'il faut le nommer.
Dans l'origine on lui rendait hommage,
Un doux parfum était son apanage ;
Mais plein d'orgueil, croyant se signaler,
Au pet tonnerre il voulut s'égaler ;
Il fut puni d'un effort téméraire,
Quelques débris salirent sa carrière.
Tel un bavard ignorant, indiscret,
S'efforce en vain de traiter un sujet,
Et dans un cercle, éprouvant les courages,
Jette en parlant sa salive aux visages.
De cet objet je détourne les yeux,
Et ne veux point de traits fastidieux
Déshonorer, avilir la matière.

Par toi, j'oublie un indigne confrère,
Charmant clairon ; épris de tes attraits,
Je te fais roi de la race des pets ;
Non que ta voix imite le tonnerre,
Par la douceur tu t'efforces de plaire,
Et je préfère aux plus terribles sons
Ta mélodie et tes tendres chansons.
L'anus savant avec soin te ménage,
Il te retient, te livre le passage ;
Tu croîs encor par ces précautions,
Et de la gamme entremêlant les tons,
D'un nouvel air le peteur te rend grâce. (11)

Tel autrefois le chantre de la Thrace,
Flattait, charmait les agrestes humains ;
Tel Amphion, par ses accords divins
Des murs de Thèbe élevait la merveille,
Charmant clairon, délice de l'oreille,
Sois-moi propice, et prouve en t'exilant,
Que l'art d'écrire est mon moindre talent.
Sans imiter ta savante manière,
Le pet timide a le droit de nous plaire.
De ses accents mon esprit enchanté
Crut voir en lui cette jeune beauté
Dont la candeur et l'aimable simplesse
Gagnent le coeur, enflamment la tendresse.
Humble, plaintif, et parlant à propos,
Que le timide a fourni de bons mots ! (12)
Mais trop souvent le plaisir qu'il procure
Fait frissonner et met à la torture
Un père honteux de l'avoir engendré.
Amis, craignez ce fils dénaturé :
Plus d'une fois, en se donnant carrière,
Il a troublé l'orateur en sa chaire,
Et dans les cours, sans respect pour les roix,
Il fit entendre une importune voix. (13)

Sexe enchanteur, que la honte captive,
Ah ! je le sais, votre pudeur craintive
Vous fait souffrir les plus horribles maux ;
Sachez enfin, sachez tromper les sots :
Soyez docile à l'art que je professe ;
Je vais apprendre à glisser une vesse.

Notes du chant premier

(1) Je crois pouvoir forger ce mot. Quoique nouveau, on le trouvera sans doute aussi exact qu'astronomie, gastronomie, etc. Il est formé de crepitus, mot latin qui veut dire pet, et de vonos, mot grec qui signifie connaissance : la crépitonomie est donc la connaissance des pets.

(3) Ce Doviné était, dans le fait, un péteur étonnant ; sa vigueur surprenait, saisissait même quelquefois. Je me souviens surtout qu'un soir, pendant un orage, il fit un tel pet, que plusieurs d'entre nous crurent, dans le premier moment, que la foudre était tombée sur le dortoir.

(7) Tout pet n'est d'abord qu'un vent qui ne fait du bruit que quand il trouve de la résistance, et que l'anus rétrécit le passage : semblable à la poudre, qui n'éclate fortement que quand elle est comprimée. Lorsque le corps veut se débarrasser d'un être incommode, il est certain, tout le monde en a l'expérience, que si on laisse le vent sortir à sa guise, il ne produire qu'une vesse : le bruit est donc cause seconde. Bien des gens pensent que la vesse n'est qu'un avorton de pet : il n'est d'avorton que parmi les massacres. Je n'ai de ma vie vessé croyant faire un pet ; mais on fit plus d'une fois le contraire.

(9) Il est certain qu'un péteur trouve un parfum délicieux dans l'odeur de ses pets : c'est une vérité qu'on nie en public, mais qu'on reconnaît dans le particulier

(10) On se pénétrera de la vérité de ce vers, en pensant que le pet brutal n'exige qu'un instant l'ouverture de l'anus

(11) J'ai souvent entendu Doviné jouer, avec assez de justesse, l'air J'ai du bon tabac ; il eût été capable d'exécuter un concerto si le vent n'eût manqué. Le pet clairon forme quelquefois des airs assez baroques, quand il est poussé par des gens qui ont moins de talent. Non licet omnibus adire corinthum.

(12) Une personne, au milieu d'une compagnie, fit un pet, ne croyant faire qu'une vesse ; sans se déconcerter, elle s'écria avec indignation : « Nusquam tuta fides ! »

Buchanan avait été précepteur des enfants de M. de Brassac ; comme il était un jour à table, il lui arriva, en mangeant un potage bien chaud, de laisser aller un vent qui fit du bruit. Sans se déconcerter, il dit à ce vent, qui était sorti malgré lui : « Tu as bien fait de sortir, car j'allais te brûler vif . »

Un orateur lâcha un pet en présence de Sigismond, duc d'Autriche, qu'il haranguait : « Si vous voulez parler, dit-il en se retournant vers son derrière, il faudra que je me taise ; » puis il continua sa harange. Le prince se mit à rire.

Le comte de Cantagnède, de la maison de Menesès en Portugal, répara par un bon mot la liberté qu'il prit un jour avec don Juan IV. Ce roi, dont il était le favori, lui donnant un coup sur la fesse, il lui péta dans la main. Le roi resta confus et humilié par ce manque de respect : « Sire, répondit le favori, votre majesté peut-elle frapper jamais à une porte qu'on ne lui ouvre incontinent. »

Il est une infinité de ces bons mots qu'il serait trop long de transcrire. Si on est curieux de les connaître tous, qu'on se procure l'Eloge du Pet par Mercier : cet ouvrage est un répertoire assez curieux en ce genre ; mais l'auteur pouvait rendre plus de service à l'art.

Malgré la longueur de cette note, je ne puis ne pas ajouter les stances suivantes, composées par l'ingénieux St.-Evremont, qui avait lâché un pet timide devant sa maîtresse.

Unique objet de mes désirs,
Philis, faut-il que mes plaisirs
Pour rien se changent en supplice,
Et, qu'au mépris de votre foi,
Un pet efface les services
Que vous avez reçus de moi ?

Je sais bien, ô charmant objet !
Que vous avez quelque sujet
D'être pour moi toute de glace,
Et je confesse ingénûment,
Puisque mon cul fait ma disgrâce,
Qu'elle n'est pas sans fondement.

Si pourtant cette extrême amour,
Dont j'eus des preuves chaque jour,
Pour un pet s'est changée en haine,
Vous ne pouvez jamais songer
A rompre une aussi forte chaîne,
Pour un objet aussi léger.

S'il est vrai qu'on n'ose nier
La porte à chaque prisonnier
Alors que la princesse passe,
Ce pet pouvait, avec raison,
Vous demander la même grâce,
Puisqu'il se voyait en prison.

S'il ne s'est pas fort bien conduit,
S'il a fait quelque peu de bruit,
Lorsqu'il se fraya cette voie,
C'est qu'il était transporté,
Qu'il fit en l'air un cri de joie,
En recouvrant sa liberté.

Hélas ! quand je viens à songer
A ce sujet faible et léger
Qui cause mon malheur extrême,
Je m'écrie en ma vive ardeur :
Fallait-il me mettre moi-même
Près de vous en mauvaise odeur ?

Si pour un pet, fait par hasard,
Votre cour, où j'ai tant de part,
Pour jamais de moi se retire,
Voulez-vous que dorénavant
Vous me donniez sujet de dire
Que vous changez au moindre vent.

(13) Le cardinal du Perron jouait un jour aux échecs avec Henri-le-Grand ; il lâcha un pet en même temps qu'il plaçait un cavalier ; il fit pardonner cette liberté involontaire, en disant avec esprit : « Sire, ce cavalier n'est pas parti sans trompette. »

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