La crépitonomie, ou l'art des pets - Chant second

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Argument du second chant

Plaisirs que je me procure avec mes amis. - Parodie de quelques vers de l'Art Poétique de Boileau. - Divers conseils propres à former un peteur. - Prière du matin. - Description des mets qui conviennent à l'homme qui veut briller dans l'art des pets. - Réflexion sur la Gastronomie. - Le pet du batteur. - Manière de bien faire les pets, surtout la vesse en société, sans laisser de soupçons. Exception à l'usage qui bannit le pet de la bonne société - Manière d'amener au port un vent qui s'obstine à rester dans les entrailles, et qui cause les plus affreuses coliques. - Un regret finit ce chant

Je n'ai jamais souhaité la grandeur ;
Ni de Plutus imploré la faveur ;
Content du peu que m'a laissé mon père,
Je vis heureux dans une humble chaumière,
Et j'apprécie à sa juste valeur
La paix des champs et celle de mon coeur.
Aux importuns ma cave est interdite.
Je ne vis pas cependant en ermite :
J'ai des amis, qu'avec soin j'entretiens,
Et sais près d'eux faire honneur à mes biens.
Toute contrainte entre nous est bannie :
Loin d'approuver l'ennuyeuse manie
De resserrer l'anus avec effort,
Nous l'excitons, nous petons au plus fort :
Lutte charmante, agréable à l'oreille,
Dont la santé s'accommode à merveille.
Du haut des cieux Crépitus nous sourit,
Et nous soutient quand la source tarit.
Sachez d'abord le rendre favorable :
Car je dirai comme un chantre admirable:
C'est vainement qu'un imprudent peteur
Pense de l'art atteindre la hauteur,
S'il n'a des vents l'influence secrète,
Si Crépitus ne l'a fait pour qu'il pète :
Dans son anus, étroitement captif,
Son pet est sourd ; son derrière apprentif,
Ne peut pousser qu'une vesse inodore...

Homme divin, ô maître que j'honore !
Boileau, pardon si mes vers indiscrets
Osent salir tes sublimes portraits.

Vous qui voulez, étudiant sans cesse,
Briller un jour dans l'art que je professe,
N'ouvrez jamais les fesses sans besoin,
Et ménagez votre haleine avec soin: 

Le vrai talent est moins de nous surprendre
Que de filer un son sonore et tendre ;
Sans l'harmonie, un mortel vigoureux,
Est, quoi qu'il fasse, un peteur ennuyeux.
Ne forcez point l'élan de la nature,
Et de l'anus consultez l'ouverture.

Tous les matins, en serviteurs pieux,
Vers Crépitus faites monter vos voeux :
Demandez-lui du vent en abondance,
L'heureux talent de peter en cadence ;
Priez aussi de ne vous point trahir
Quand en public un zéphir veut sortir,
Et que jamais, en dorant vos culottes,
Un pet bardeur ne coule dans vos bottes.
En père il sait calculer vos besoins ;
Mais veut aussi qu'on seconde ses soins.

Pour réussir formez-vous un régime,
Donnez des lois vous-même à la cuisine :
Que les oignons, les navets et les choux
Trouvent leur place, entourent vos ragoûts :
Des haricots et des pommes de terre
J'ai remarqué la vertu salutaire ;
A toute sauce ayez des farineux ;
Mais des oeufs durs l'effet est merveilleux.
Pour varier qu'on serve la marée,
Le long brochet et la carpe dorée ;
Certains docteurs trouvent ces mets venteux ;
Combalusier est d'accord avec eux.
N'admettez pas ces funestes entrées,
Qu'on voit nager dans de claire purées ;
Car leurs effets sont trop apéritifs.
Mangez des mets venteux, non laxatifs.
Ne souffrez pas que jamais on vous serve
Ces vins anciens qu'on vante et qu'on conserve ;
Pour exciter notre admiration,
Du cidre doux formez votre boisson.

L'aimable auteur de la Gastronomie,
Dans un dîner blâmant l'économie,
Prescrit des lois que j'aime assurément ;
Mais qui pourrait les suivre constamment ?
Qu'un grand seigneur, vivant dans l'opulence,
Pour bien dîner grossisse sa dépense ;
Que son buffet se remplisse à grands frais,
De fruits confits, et de gâteaux parfaits,
Je le conçois ; mais lui seul peut le faire :
Ainsi louant ta verve et ta matière,
Mon cher Berchoux, nous t'avouons, hélas !
Que tes conseils ne nous serviront pas.
Vous tous, amis, comme moi sachez vivre ;
Goûtez l'avis, il est facile à suivre.

Dans sa chaumière, un simple campagnard,
Bourré de pois, d'une omelette au lard,
Pète aussi bien dans ses méchantes hardes,
Qu'un sénateur engraissé de poulardes ;
Il pète mieux s'exerçant plus souvent,
Puisque l'usage est un maître savant.
Dirigez-vous vers cette grange immense,
Qui du fermier renferme l'espérance ;
Sans être vu, regardez en ces lieux
Ce paysan dont les bras vigoureux
Font envoler de nos gerbes dorées
Ces grains chassés de leurs prisons serrées ;
Ce malheureux, pour prix de ses travaux,
Soupa la veille avec des haricots,
Qu'un verre d'eau mouilla dans son assiette ;
Ah ! cependant écoutez comme il pette :
L'aire gémit sous les pieds du lourdeau ;
L'odeur suffoque et vous chasse aussitôt.

Mais c'est assez lasser ta patience,
Mon cher lecteur, je te vois en souffrance ;
Ton estomac, bourré de haricots,
Gronde et prélude à de nobles travaux :
Déjà, fermant de ton mieux la barrière,
Tu n'attends plus que la docte manière
De bien peter, de former de beaux sons ;
Allons, courage, il est temps, commençons :
Ménage, ami, l'abondante matière,
Si tu prétends faire ouïr un tonnerre ;
Ce vent fougueux doit plaire assurément :
Il faut d'abord le pousser fortement,
Le retenir, puis le lancer ensuite ;
Qu'il tonne, gronde, éclate, et mette en fuite.

Le pet brutal veut un bon fondement,
Sans te gêner respire doucement,
Et si tu sens qu'à sortir il s'apprête,
Forme un obstacle, et que l'anus l'arrête ;
Puis tout à coup, cédant à sa fureur,
Renforce-le de toute ta vigueur ;
Et d'un seul jet pousse-le de manière
Qu'il parte et meure en voyant la lumière.
Ce rude pet, brusque dans sa façon,
S'il est bien fait ne doit donner qu'un ton.
Mais ne va pas, sans consulter tes forces,
T'abandonner à ses douces amorces ;
Si tu n'as l'art que je veux t'enseigner,
Quelques débris pourront l'accompagner :
Malheur alors à celui qui t'escorte !
Il trouvera ton haleine un peu forte.
Evite bien de voir dégénérer
Un des beaux pets que l'on puisse admirer.

Pour le clairon il faut choisir la place ;
Ce vent charmant exige de la grâce :
Mieux que mes lois ton goût doit te guider ;
Mais ces conseils sauront pourtant t'aider :
Pour le former mets-toi bien à ton aise,
Ne reste point collé sur cette chaise,
Qui dès l'abord te ferait avorter ;
Derrière au vent, si tu veux enchanter :
Que le coccix soit plus haut que la tête,
C'est de rigueur, le moindre obstacle arrête.
Si de l'anus, les ressorts impuissants
Ne cèdent point à tes désirs pressants,
Avec l'index corrige la nature,
Et par degrés donne de l'ouverture ; (4)
La gamme alors se rendant à tes voeux,
Te fournira des airs miraculeux.
L'avis, dis-tu, te paraît ridicule ;
Un bon peteur n'eut jamais de scrupule :
Ah ! quelque jour, n'en désespérons plus,
Rendant justice au pouvoir de l'anus,
Et le prenant pour un digne interprète,
Nous parlerons par l'endroit où l'on pète.
N'as-tu pas vu, dans ces caveaux bruyants
Où les badauds font rire à leurs dépens,
Ce ventriloque admiré du vulgaire ?
De son organe il veut faire un mystère ;
Mais je soupçonne avec quelques raisons
Que son derrière articule les sons.

Quoique souvent la fortune nous rie,
Il est des jours funestes dans la vie :
Le plus charmant, le plus fougueux peteur,
N'est pas toujours à la même hauteur ;
Alors, prudent et simple avec adresse,
A force d'art déguise ta faiblesse :
Que le timide, arrivant en douceur,
Laisse douter de ton peu de vigueur.
Il ne faut pas pour lui donner carrière
Ouvrir sans goût un énorme derrière ;
Il veut passer par un étroit chemin ;
Voilà le fruit d'un heureux examen.

Dans ses arrêts que le monde est bizarre !
Par un usage étonnant et barbare,
Le pet banni de la société
Y craint la honte ou la captivité :
Quand les honneurs fondront sur ta personne ;
Quand le crédit, par le pouvoir qu'il donne,
T'entourera d'un long cercle d'amis,
Pousse à coup sûr les pets les mieux fournis :
Chacun alors, pour gagner une oeillade,
T'assurera que tu sens la muscade,
Et comme en toi tout sera merveilleux,
De ta poitrine on vantera le creux.
Mais quand, traînant dans la route commune,
Tu n'es, hélas ! qu'un soldat de fortune ;
Ne risque pas de prouver ta vigueur.
Un être obscur n'eut jamais de prôneur ;
Mais alongeant la cuisse avec adresse,
Trompe ton monde en glissant une vesse.
Que ce moyen, salutaire et charmant,
Dans un concert s'exécute aisément !
Pour n'y point voir ta pudeur alarmée,
Choisis l'instant où la foule charmée
Donne au phénix un bravo mérité,
Tu peux encor risquer dans un forté ;
Mais ne va pas, au milieu d'une pause,
Par ton zéphyr troubler un virtuose.
N'attire pas un trop pénible affront,
Souvent chez toi pratique la leçon :
Pour que ton vent s'évapore en silence,
Qu'il ne rencontre aucune résistance ;
Sans le hâter, aide-le cependant,
Tu jouiras sans crainte d'accident.
L'odeur, dis-tu, découvrira sa fuite ?
Du cerf adroit imite la conduite :
Lorsqu'un piqueur, acharné sur ses pas,
Est sur le point de sonner son trépas,
S'il aperçoit, en rasant les clairières,
Dans un réduit quelques-uns de ses frères ;
Au milieu d'eux il tournoie aussitôt,
Par ce moyen met les chiens en défaut :
Agis de même ; en tous lieu dans la salle,
Par tes circuits que le parfum s'exhale.
On trouvera que l'air devient épais,
Qu'il conviendrait d'en avoir un plus frais :
Approuve fort la chose proposée,
Ta vesse alors fuira par la croisée.

Maître savant, nous voici bien instruits,
Me diras-tu, nous suivrons tes avis ;
Et grâce aux lois de ce précieux code,
Nous pèterons maintenant par méthode ;
Mais quand un vent, à rester obstiné,
Nous fait souffrir les douleurs d'un damné,
Par quel moyen, soulageant la bedaine,
Peut-on alors mettre un terme à sa peine ;
Car on a vu d'inextricables pets
Tourner sans cesse et ne sortir jamais ?
Hélas ! vraiment que d'êtres sur la terre
Par de tels maux finirent leur carrière !
Quand tu craindras un dangereux tourment,
Sors de chez toi, ne perds pas un moment ;
Un pied dans l'air, en dansant sur l'herbette,
Force le vent à quitter sa retraite ;
A chaque saut il se détachera,
Et dans l'espace enfin s'envolera.
Si, malgré toi, retenu sur la chaise,
Un mal cuisant augmente ton malaise,
De suite il faut te pencher en avant,
Te redresser, te rebaisser souvent,
Et sans égard à ce qu'on en peut dire,
Pousse, peter, terminer ton martire.

En décrivant mes inspirations,
En vous donnant ces utiles leçons,
Un seul regret, amis, me désespère,
Que n'ai-je pu, traitant cette matière,
Peindre aussi bien que je pète aisément !
Que ce poëme aurait été charmant !
Homère seul, pouvait chanter Achille ;
L'Homme des Champs attendait un Delille ;
L'Art de Peter demandait un Boileau :
Mais en faveur d'un transport aussi beau,
Ah ! pardonnez à ma Muse frivole ;
Accourez tous, volez à mon école,
Vous obtiendrez des succès plus heureux :
Si je peins mal, je pète on ne peut mieux.

Notes du chant second

(4) J'avoue que c'est un raffinement qui m'était inconnu ; je le dois à un excellent crépitonome, qui, posant son doigt en guise de soupape, aurait joué une symphonie, si le vent n'eût manqué. Les amateurs pourront se convaincre par eux-mêmes de la possibilité de la chose.

La crépitonomie ou l'art des pets, chant premier
La crépitonomie ou l'art des pets, chant second
La crépitonomie ou l'art des pets, chant troisième

 

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