La crépitonomie, ou l'art des pets - Chant troisième

flatulences.fr
Accueil Flatulences: définition Flatulences: traitement La crépitonomie ou l'art des pets

Argument du troisième chant

Suites funestes de la révolution, qui prouvent l'utilité des talents, de la crépitonomie surtout. - Les pets sont nos meilleurs amis. - Plaisirs sans nombre qu'ils procurent. - Le pet fait dans les bosquets. - Le pet fait dans l'eau. - Episode tiré d'un accident arrivé à un de mes parents. - Conseil aux professeurs. - Offrande de mon poëme au dieu qui le m'a inspiré. - Mon épitaphe.

Nous sommes nés sous une affreuse étoile !
Le dernier siècle à mes yeux se dévoile :
Que vois-je, hélas ! de sanglants étendarts,
Des assassins, la mort de toutes parts,
Et des tourments plus redoutables qu'elle.
Heureux alors, quand une main cruelle,
De l'innocence ouvrant les noirs cachots,
Par le trépas venait finir les maux.
Las d'exister, perdant toute espérance,
Tu l'attendais avec impatience,
Père chéri, tu pleurais tes enfants.
Je ne comptais alors que sept printemps ;
On est encore peu sensible à cet âge;
Mais un bon cour fut toujours mon partage.
Pour t'arracher de ces lugubres tours,
Ah ! volontiers, j'aurais donné mes jours.
De ton gardien, la bonté généreuse,
M'introduisait dans ta prison affreuse ;
De tes parents je t'y portais les voeux ;
Je t'annonçais des moments plus heureux ;
Je t'embrassais, et ma main caressante
Trompait l'ennui de ton âme souffrante.
Mais quel démon, jaloux de mon bonheur,
De ces instants me retrace l'horreur ?
Ils sont passés, un Dieu plein de clémence
Brisa tes fers, et vengea l'innocence.
Hélas ! pourquoi des tableaux déchirants
Parlent encor de ces horribles temps ?
Souvent le soir, lorsque l'humble indigence
Des froids passants implore l'assistance,
On reconnaît sous de tristes dehors
Ceux qui jadis possédaient des trésors.
Scène frappante, aujourd'hui trop commune !
O vous, mortels chéris de la fortune !
Qui maintenant jouissez de ses dons,
Des jeux du sort composez vos leçons.
Considérez cette obscure chaumière :
Là se soustrait à peine à la misère
Un grand seigneur, un Crésus d'autrefois,
Qui vit raser ses châteaux et ses bois.
Ses revenus faisaient fleurir la ville ;
Il est réduit à ce champêtre asyle.
Heureux encor si dès ses jeunes ans,
Il eût acquis de précieux talents,
Ce lieu pour lui ne serait solitaire ;
Avec l'étude il saurait s'y distraire :
Un noir chagrin travaille ses esprits,
Ah ! les beaux-arts charmeraient ses ennuis,
Il faut s'attendre à tout sur cette terre :
Si par hasard dans une humble chaumière,
Semblable à lui vous étiez exilé,
Seul, sans amis, de soucis accablé,
Que feriez-vous ? Le changeante nature
Ne peut toujours conserver sa parure,
Vous le savez, à l'aimable printemps,
Puis à l'été succèdent les autans ;
Le triste hiver engourdit les Naïades,
Et nous ravit nos douces promenades :
Environné de neige, de glaçons,
Faut-il alors, auprès des tisons,
Pour tout plaisir maudire la froidure ?
Mais la lecture... une sèche lecture,
Ne peut sans cesse occuper nos instants,
Dans nos plaisir nous sommes inconstants,
On bâille, alors ; mais l'art que je professe
Saura toujours éloigner la tristesse,
Nous procurer des plaisirs innocents,
Et nous soustraire aux maux les plus cuisants.

Lorsque l'hiver, une flamme brillante,
Vous prêtera sa chaleur bienfaisante,
Que, fatigué de parcourir des yeux
Vos froids journaux et vos livres poudreux,
L'ennui viendra vous attaquer sans cesse ;
En bons peteurs sachez braquer la fesse,
Et que le vent de vos explosions,
Par sa vigueur ranime vos tisons.
Le temps alors fuira sans qu'on y pense ;
J'en fais souvent l'heureuse expérience ;
Dans mon réduit, en poussant mes zéphirs,
Au coin du feu je trouve les plaisirs.
Même je crois, soit dit en confidence,
Qu'un bon ami ne vaut pas ma science :
Lorsqu'accablé par les rigueurs du sort,
Las d'exister, vous appelez la mort,
Et qu'un ami, par un destin contraire,
Voit les plaisirs embellir sa carrière,
De son bonheur, s'il vous vante le prix,
Sa folle joie étonne vos esprits,
Et votre peine en devient plus horrible ;
Mais votre pet, à vos malheurs sensible,
Si vous souffrez, conformera son chant
A la douleur que votre coeur ressent.
Lorsque ce coeur, plein de mélancolie,
Languira loin d'une fidèle amie,
Ou qu'une ingrate oubliant ses serments,
Méprisera vos plus doux sentiments ;
Zéphirs alors, imitant la romance,
S'exhaleront, plaindront votre souffrance.
Je l'avoûrai, privé de leurs secours,
Le désespoir eût terminé mes jours ;
Mais leurs doux sons, leur tendre mélodie,
Me fit trouver des plaisirs à la vie :
Je m'égalais à ces fameux héros,
Dont l'univers admire les travaux,
Et j'imitais leurs foudres redoutables :
Dans le moment que leurs bras indomptables
Faisaient trembler de nombreux bataillons,
Un pet semblable aux fougueux aquilons,
Et s'exhalant en épaisse fumée,
Faisait trembler ma culotte embaumée.

O mes lecteurs ! armés du préjugé,
Par vous d'abord que je fus mal jugé !
Ah ! paraissant à vos yeux sans excuse,
Vous ne pouviez pardonner à ma Muse
De vous dicter de semblables leçons,
Vous me logiez aux Petites-Maisons ;
Mais maintenant avec droit je puis croire
Que vous prenez plus de soin à ma gloire,
Et que blâmant vos premiers sentiments,
Vous admirez à des préceptes charmants.
Laissons penser à l'aveugle vulgaire
Que l'art des pets n'est que folle chimère,
Nous, plus instruits, calculons les plaisirs
Dont ce grand art embellit nos loisirs.

Quand le printemps réveille la nature,
Et la revêt de fleurs et de verdure ;
Quittez des lieux trop long-temps habités,
Courez au fond des bosquets enchantés :
Près d'un ruisseau, dont l'onde murmurante
S'éloigne en paix d'une source charmante,
Fixez vos pas, et couché sur ses bords,
Que Philomèle admire vos accords :
Vous la verrez sur la verte bruyère,
Par ses chansons lutter contre un derrière...

Mais le soleil, en sa brûlante ardeur,
Perce des bois la sombre profondeur ;
La fleur penchée et fermant son calice,
Semble implorer la sève bienfaitrice :
Vous-même aussi, cédant à la chaleur,
Vous regrettez votre mâle vigueur ;
Rappelez-la par un bain salutaire :
Elle revient ! Dieux, quel fougueux tonnerre
Rompt en éclats la conque des tritons,
Saisit d'effroi les timides poissons !
L'onde étonnée, et troublée en sa course,
En gros bouillons remonte vers sa source...

Ainsi, lâchant sans cesse vos zéphirs,
Vous volerez de plaisirs en plaisirs.
Ceux que j'ai peints sont faits pour vous séduire ;
Mais il en est que je ne puis décrire :
Ce dernier chant serait un livre entier ;
Il est aussi des secrets de métier.

Froids raisonneurs, pédants que rien n'amuse,
Vous condamnez une innocente Muse,
Et sans pitié, censurant mes portraits,
Vous faites voeu de ne peter jamais ;
Ah ! redoutez dans votre indifférence
De Crépitus l'éclatante vengeance ;
Mais renoncez à d'injustes dédains ;
Petez, ainsi le veulent les destins ;
A leurs arrêts vainement on s'oppose :
Un épisode affirmera la chose.

En Picardie était certain parent,
Homme d'esprit, mais peteur ignorant.
Un jour, dînant en bonne compagnie,
Un pet lui vint ; craignant l'ignominie,
Il le retint en se guindant l'anus,
Et se remit à célébrer Comus.
Le pet lassé de son triste esclavage,
Voulant venger le plus sanglant outrage,
Gonfle et durcit ce tube intérieur,
Où tant de mets vont perdre leur saveur.
Mon cher parent, que la douleur accable,
Tombe à nos pieds, pousse un cri lamentable :
« Victime, amis, d'un châtiment nouveau,
Je meurs, dit-il, un pet est mon bourreau. »
A Crépitus j'adressai ma prière ;
« O Dieu puissant ! désarme ta colère ;
Prends en pitié ce mortel expirant :
Je te promets les voeux de mon parent ;
Et pour payer une trop juste amende,
De mille pets je te vote l'offrande. »
Après ces mots, bravant l'opinion,
Je sais braquer l'anus du moribond,
Et d'une main, heureusement savante,
Faisant glisser le vent qui le tourmente,
Par le secours d'un art miraculeux,
Le pet soudain s'élança vers les cieux.
Muse, redis quel tonnerre effroyable
S'élance alors du corps du misérable !
Mon cher parent, guéri de ses douleurs,
Me remercie et me baigne de pleurs.
« Par ton savoir je retrouve la vie,
Ami, dit-il ; mais quel puissant génie
Sut te donner ce talent précieux ? »
« C'est Crépitus qui te rend à nos voeux,
Lui répondis-je ; ah ! par un prompt hommage
Remercions le Dieu qui te soulage. »

Tous bien d'accord, nous fîmes le serment
De ne jamais serrer le fondement,
Et pour garant de nos sages promesses,
Chacun alors se parfuma les fesses.

De mes leçons profitez, chers lecteurs :
Méditez-les, savants instituteurs,
Qui prenez soin de former la jeunesse ;
A vous ici souffrez que je m'adresse :
Dans vos maisons que n'enseigne-t-on pas !
J'y vois entrer ce faiseur d'entrechats,
Dont la leçon aussi folle que vaine,
Va sans pitié mettre un corps à la gêne,
Et dérober de précieux instants.
Ah ! d'un élève employez mieux le temps.
De Cicéron parlez-lui le langage,
Que cet auteur nourrisse son jeune âge ;
Je veux aussi que ses yeux exercés
Suivent aux cieux les astres dispersés ;
Que des Euclide il poursuive la trace,
Et qu'un crayon le charme et le délasse ;
Mais avant tout qu'il apprenne à peter,
De vos leçons il saura profiter :
Quand, jeune encore, à l'art on s'évertue
L'anus aux pets aisément s'habitue.
Sachez dompter une trop vive ardeur,
Souvent cet âge est sujet au bardeur ;
Enseignez-lui par quelle fine adresse
On se soulage au moyen d'une vesse ;
Et comme alors l'exemple est d'un grand poids,
Petez vous-même en lui dictant mes lois.
Par un bienfait d'une telle importance,
Assurez-vous de sa reconnaissance.

Grand Crépitus ! dieu des bruyants plaisirs !
Reçois le fruit de mes heureux loisirs.
Si mon travail est digne de te plaire,
Daigne exaucer ma fervente prière :
Ah ! dès l'aurore, après un doux sommeil,
Que des zéphirs annoncent mon réveil ;
Que dans le jour ma vigoureuse haleine
Puisse aisément les fournir par centaine ;
Qu'en me couchant, plein d'un nouvel espoir,
Un pet brutal... me serve d'éteignoir ! (6)

Un seul moment si j'ai pu vous distraire,
De vous, amis, j'ose attendre un salaire :
Lorsque les soeurs, qu'on redoute toujours,
Auront coupé la trame de mes jours,
Venez gémir sur ma cendre plaintive,
Sur mon tombeau que votre main écrive :
Ci-gît en paix l'auteur de l'Art des Pets,
Fameux peteur, si l'on en vit jamais.
Il prit naissance au milieu du Santerre, (7)
Et par un pet commença sa carrière ;
Pour terminer ses jours par un plaisir, (8)
Un pet aussi fut son dernier soupir.
O vous mortels, qui lisez son histoire,
Donnez de grâce un pet à sa mémoire !! (9)

Notes du chant troisième

(6) On ne dira pas que je demande l'impossible ; car je citerais au besoin vingt de mes anciens camarades qui attesteront avoir vu Doviné éteindre une chandelle à quinze pouces de distance.

(7) Le fait est exact. Ma nourrice m'a souvent répété que mon premier soupir fut un pet, et que ce pet répandit la joie dans ma famille, qui me croyait mort en venant au monde.

(8) En ce cas, je finirai comme Claude César. Sénèque, dans l'apothéose de cet empereur, conte que lorsqu'il rendit le dernier soupir, on ne s'en aperçut que par un bruit épouvantable, sorti de la partie par laquelle il s'exprimait le mieux.

(9) J'ai poussé la plaisanterie jusqu'à la fin ; mais ce n'est pas là ce que j'implore des personnes qui auront la patience de me lire ; je les prie plutôt de me pardonner un moment de folie qui me fit entreprendre ce poëme.

La crépitonomie ou l'art des pets, chant premier
La crépitonomie ou l'art des pets, chant second
La crépitonomie ou l'art des pets, chant troisième

 

Retour à la page d'accueil de Flatulences