La crépitonomie, ou l'art des pets - Préface

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Que le respect humain eut d'empire sur nos aïeux ! Ils lui sacrifièrent leurs plaisirs, et quelquefois même leurs devoirs. En vain d'habiles écrivains essayèrent-ils de le déraciner ; en vain Boileau, dont la morale est aussi sublime que les vers sont immortels, a-t-il déclamé contre lui : on admira ses préceptes, sa poésie ; mais, hélas ! personne ne changea. A son exemple, je viens en réformateur. Quels succès pourrais-je espérer après lui, si je n'écrivais dans un temps où les esprits sont mieux disposés, où la liberté a de nombreux partisans ; dans un temps où les progrès des lumières nous ont enfin éclairés sur nos véritables intérêts ? Il faut en convenir, la victoire est maintenant plus facile, puisque les hommes ne sont plus les mêmes. Déjà la honte ne colore plus nos fronts ; l'hypocrisie a vu briser le masque de la religion, dont elle se servait pour en venir à ses fins. Moins dupes que nos ancêtres, nous avons su trouver des voies courtes pour aller à Plutus, sans nous borner à suivre le chemin sinueux dans lequel ils cheminaient bonnement toute leur vie, et souvent sans succès. La beauté même, foulant aux pieds des préjugés qui se sentaient du vieux temps, n'est plus esclave de cette austère pudeur, de cette gênante réserve auxquelles elle immolait autrefois ses doux penchants ; et, grâce à ses faveurs, la route de Cythère n'est plus encombrée de ces amants malheureux qui revenaient tristement chargés des offrandes rejetées par l'Amour. Encore un pas en avant, la race future n'aura plus rien à faire.

Pouvais-je espérer un moment aussi favorable pour publier mon Poëme, et engager mes contemporains à vaincre la fausse honte qui les empêche de péter? Seront-ils plus sensibles à des reproches mal fondés qu'à la perte d'une réputation à laquelle nos pères attachaient quelque importance ? Si la liberté doit régner dans le monde, n'est-ce pas surtout quand, en la captivant, on s'expose aux douleurs les plus cruelles, à la mort même ? Je sais apprécier mon siècle, je compte sur sa reconnaissance et sur les plus heureux succès.

Comme il se rencontre dans le monde des personnes qui ne peuvent vaincre de suite une trop grande timidité, quelque effort qu'elles fassent, j'ai cru devoir leur indiquer le moyen de transformer les pets en vesses ; mais cette dernière bientôt, j'ose l'espérer, ne devra le jour qu'à un père plus jaloux de satisfaire ses narines que ses oreilles. Hélas ! je ne le dissimule pas, il existe des êtres qui, dans le règne des lumières, aiment encore les ténèbres, et qui, conservant ces moeurs gothiques des temps voisins du chaos, crient à l'immoralité, quand on leur prouve clairement que leurs préjugés sont absurdes. Ces derniers seront plus difficiles à convaincre ; cependant je ne désespère pas de leur salut. L'exemple a beaucoup d'empire sur le coeur humain : pourront-ils consentir à crever dans leur peau, quand les pets d'autrui se feront entendre de toute part ?

Pour donner à mes préceptes un degré de persuasion de plus, je vais citer un passage de la Pneumatopathologie, ou Traité des affections venteuses, par le célèbre docteur Combalusier, ouvrage très estimé sans doute, et que j'ai long-temps médité. « La plupart regardent les flatuosités comme un sujet vil et frivole, qui ne demande qu'une doctrine vulgaire et triviale, et qui est indigne de l'attention ; c'est pourquoi on n'en parle ordinairement qu'avec la plus grande négligence, à la hâte, et comme par manière d'acquit. Ce qui montre toutefois que les vents ne sont point à mépriser, c'est la multitude des maux qu'ils produisent, maux incommodes, cruels, et souvent funestes, qu'il n'est pas moins difficile d'expliquer mécaniquement que de combattre avec succès. Bien éloigné de cette façon de penser et d'agir, que je condamne avec raison, j'entreprends volontiers d'écrire un Traité des affections venteuses, et j'y suis spécialement engagé par les plaintes de tant de malades, qui gémissent sous la tyrannie de ces maux bizarres, et surtout par celle du beau sexe, que sa délicatesse naturelle y rend si sujet. L'honnête ambition de concourir à dévoiler la vérité, se joint au désir de soulager les personnes souffrantes, pour m'engager à cette entreprise »

Cet auteur donne d'excellents moyens de se guérir, quand un vent retenu cause des gonflements, des coliques, la tympanite et d'autres maladies cruelles ; mais en pratiquant les leçons renfermées dans ce poëme, on sera constamment préservé de maux et de remèdes. D'ailleurs, on devrait avoir chez soi la Pneumatopathologie, et quatre-vingt-dix-neuf sur cent ne la connaissent pas : cela parce que cet ouvrage est trop profond pour notre esprit léger. Je me suis dit : Prêtons à l'art des pets le charme de la poésie, et, semblable à la bonne mère, qui enveloppe la pillule dans un bonbon pour la faire prendre à son enfant, accompagnons le plus qu'il nous sera possible, les préceptes d'idées gaies et plaisantes. Je conviens, malgré tout, que des personnes dont le front ne se déride jamais, que de petites maîtresses, qui détournent le nez au seul mot de pet, quoiqu'elles en fassent tout autant que d'autres, ne me pardonnent pas d'avoir traité une semblable matière. Qui les force de me lire ? Je les abandonne à toute la colère de Crépitus ; leurs censures ne m'empêcheront jamais de croire que mes vents feront tourner plus d'une girouette.

Mes vers obtiendront-ils des critiques ? Ce doute ne prouve-t-il pas déjà trop d'amour-propre ? Si mon pinceau, novice encore, pouvait faire concevoir de l'espérance, refuserait-on de le guider, parce qu'en débutant il s'est trempé dans une couleur un peu terne ? Je soumets ces questions aux modernes Apollons, et finis cette préface en les assurant, que telle bonne idée que je conçoive de mes pets, je n'ai le moins du monde pensé que leur vent fût assez puissant pour me lancer au temple de Mémoire.

La crépitonomie ou l'art des pets, chant premier
La crépitonomie ou l'art des pets, chant second
La crépitonomie ou l'art des pets, chant troisième

 

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